Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.

Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!

jeudi 31 mai 2012

Les paroles s'envolent, les écrits restent

Tout au long de la 7ème biennale de Berlin, à la St-Elisabeth-Kirche/ l'église St-Elisabeth (Invalidenstraße 3, 10115 Berlin) se déroule un débat continu et silencieux. Sur proposition de Paweł Althame, artiste qui vit et travaille à Varsovie, l'intérieur de l'église est équipé de surfaces (papier et bois à priori) sur lesquelles tout le monde peut agir. L'artiste organise ainsi le "Draftmen Congress" (Congrès des dessinateurs), le dessin ( Craie, peinture, encre, pastel, extincteurs ... tout ce qui peut marquer en fait) se substitue à la parole...


Demandez au surveillant/guide, il vous expliquera que vous avez le droit de dessiner sur les murs, mais aussi sur le sol, les blouses des gens, les pots de peintures. En réalité, les Draftmen, (c'est à dire nous, visiteurs transformés en acteurs du débats), sont plus efficaces. Nous nous intéressons surtout au murs et par extension aux dessins des autres, c'est d'abord par bon sens. L'artistes a voulu "organiser" ce qui se passait déjà sur les murs de Berlin (les graffitis), sauf que cette fois les murs s'offrent à nous. C'est aussi stratégique, lors d'un congrès on va naturellement parler là où l'on est écoutés - pas dans un coin de la salle ou par la fenêtre. A partir de cette limite, une liberté effective en deux dimensions (Sol/Plafond), c'est toute une grammaire qui se dessine. Finir, corriger, raturer, effacer, recouvrir, colorier, conquérir, nuancer ... si l'on ne prend pas la parole c'est du brouhaha, mais pinceau en main il faut s'allier, se battre ou trouver une place, bref faire des choix tactiques.

Le résultat global vaut le coup d'oeil mais la participation est préférable. Il est également possible de revenir régulièrement voir l'évolution des/ de vos/ d'un dessin(s), de les reprendre/ défendre/ abandonner.
Esquisse d'une vie politique? Des oeuvres participatives appellent à être rejouées au quotidien (et c'est le cas pour l'occupation de la biennale par les indignés, nous y reviendrons), et tirent l'art vers une esthétique de la pensée qui prend forme dans la réalité... c'est un avis, n'hésitez pas à le recouvrir.

mercredi 30 mai 2012

Wirklich

L'Autocenter est peut-être la seule galerie au monde qui soit situé au dessus d'un supermarché, remarque l'un des deux responsables du lieu, Maik Schierloh. La galerie propose tout les mois environ, une nouvelle exposition.


En ce moment c'est un artiste Tchèque, Vaclav Girsa, qui a installé ses peintures dans l'espace, et présente également une vidéo. L'exposition est d'abord un ensemble de toiles, dont certaines sont simplement accrochées au mur quand d'autres sont vissées au plafond par la tranche supérieure. Après avoir embrassé les deux pièces du regard et déambulé parmi les toiles (qui saturent l'espace) on peut se laisser aller aux fantaisies de l'interprétation.  
                     
L'artiste ratisse large, passant sans complexe d'un style à un autre. L'univers de l'artiste m'a paru composite, des enfants peints de manière naïve, comme peints par eux-mêmes, habitent des univers violents, celui du grand méchant loup mais surtout celui du nazisme. Ces deux univers côtoient à leur tour des questionnements purement picturaux, entre autres, construction de formes géométriques ou jeu sur des noirs brillants et des noirs mates. Apparaissent également des écritures, l'une des toiles consiste en un simple message rouge sur fond noir :"If you can't eat it or fuck it- then kill it". Des collages également, de la tétine à la pilule.



Nous pouvons noter la présence de trois feux différents. Un feu médiatique (image d'un feu dans la réalité) l'une des peintures représente une voiture qui brûle, un feu onirique (feu rêvé et évoqué), paysage qui ne brûle pas mais dont les tons rouges évoquent une fièvre et un feu d'atelier (un feu effectif, bien réel), l'une des toiles est carrément calcinée. Ces trois peintures de feu sont (pour moi) des clefs, Wirklich (Vraiment) titre de l'exposition, indiquerait ce cheminement, sincère, d'une réalité picturale à une autre. Mais ce n'est qu'une impression, il y a aussi de la neige.

Prochain rdv le 1er juin pour le vernissage de l'exposition Picasso Grid 





samedi 26 mai 2012

Rencontre avec l'artiste français Damien Deroubaix

Damien Deroubaix nous a reçu dans son atelier, situé dans les mêmes locaux que l'Autocenter. Une rencontre très simple autour d'un café; nous n'avions pas prévu de le rencontrer ce jour là, nous étions intimidés.

Originaire de Lille, Damien Deroubaix vit et travaille à Berlin depuis 2004. Il nous raconte son parcours, depuis les Beaux Arts de Saint Etienne, où il s'est intéressé particulièrement aux différentes techniques de gravure. Puis les années à Paris, où le petit studio dans lequel il habite lui tient lieu d'atelier; il s'adapte, travaille essentiellement sur petits formats. Mais difficile d'être reconnu en tant qu'artiste quand on est peintre à Paris au début des années 2000. Les critiques font la moue. Quand on lui demande sur quel support il travaille, Damien se moque, répond qu'il "fait de l'aquarelle comme les petits vieux".

Et puis tous les "on dit" sur Berlin lui tombent dans l'oreille: " beaucoup de lieux, beaucoup d'artistes, des grands ateliers à bas prix... Berlin est le refuge des artistes et la capitale de la culture européenne." Il part là bas pour six mois, finalement il y reste. Pas forcément pour les raisons qu'on lui avait annoncé. Ce qu'il trouve à Berlin c'est d'abord une reconnaissance de son travail en tant que peintre. Car la peinture en Allemagne n'a pas été reléguée au rang des arts anciens, elle est toujours sur le devant de la scène. Beaucoup de grands artistes allemands sont peintres: Anselm Kiefer, Sigmar Polke, Gerard Richter, pour n'en citer que quelques uns. Et puis, Damien parle allemand, il a passé une année à Karlsruhe durant ses études aux Beaux Arts. C'est un atout par rapport à d'autres artistes, il s'intègre rapidement. Il déplore d'ailleurs ces nombreux artistes étrangers (français entre autres) qui arrivent à Berlin en conquérants, sans faire quelques efforts dans la langue et sont surpris qu'on ne leur ouvre pas grand les bras (et les portes).
Après quelques mois, on lui propose une résidence au Künstlerhaus Bethanien. Puis, il exposera successivement à la Martin Gropius Bau, à l'Autocenter ou encore au Freies Museum. Sans parler de sa carrière internationale.



Son travail évolue au contact de la ville. A Berlin, Damien peint de plus grands formats, il a la place de le faire dorénavant car il a accès à des ateliers plus grands. Et sans doute est il aussi influencé par les immenses formats des peintres allemands qu'il côtoie. Ses toiles se font plus aérées, moins frontales, il introduit également la perspective et davantage de matière qu'auparavant. Mais tout ceci n'est que détails, c'est un changement plus global et plus profond qui s'opère. Damien a toujours cherché (et trouvé) l'inspiration dans son quotidien, la rue, le métro, la radio...
A Paris, c'est souvent dans la publicité qu'il puisait son inspiration; Paris est une ville saturée d'images. Il nous montre certains de ses premiers travaux, dans lesquels ils intègrent des corps de femmes trouvés dans les réclams qui saturent sa boite aux lettres. Images violentes, on a retiré les bras et les jambes de ces modèles pour lingerie, ce ne sont plus que des femmes-bustes à usage unique. Ca l'interpelle, mais quand il les reprend tel quel, on lui reproche de produire des images gores. Une critique récurrente sur sa peinture, qui passe pour être sombre et trop trash. Pourtant, il ne fait que mettre en évidence une certaine noirceur qui existe déjà dans notre société . Comme il le dit très justement, "Les gens voient tous les jours, dans la rue, les médias, des horreurs qui les interpellent à peine, mais posez les sur une toile et voilà que ça les choque."  Il semble qu'en France, la peinture doive encore obéir à l'impératif "sois belle et tais toi!"


A Berlin, ce sont moins les images que l'espace architectural qui régit le pouvoir. Ce sont ces avenues larges et interminables, à l'exemple de la Karl Marx Allee, la plus longue artère du pays dans laquelle la RDA faisait défiler son armée chaque année. L'architecture de cette avenue, qui se prolonge jusqu'à la Frankfurter Tor est une véritable démonstration de la puissance et de la grandeur de l'état soviétique.
C'est donc dans cette ville à l'architecture chargée de significations historiques et politiques et au contact de l'art allemand, que le travail de Damien a considérablement évolué. On trouve toujours dans ses toiles des images fortes (chimères, figures mythologiques..) mais c'est tout l'espace de la toile qui délivre son message. Car Damien est un artiste engagé, mais un artiste avant tout. Selon lui, la politique est inhérente à l'art mais il est vain pour un artiste d'être littéral et de délivrer un message politique sans que la forme suive. Il nous donne l'exemple du grindcore, qu'il écoute constamment, une musique très brutale et aux textes radicalement engagés. Nous en profitons pour lui demander son opinion sur la 7ème biennale d'art contemporain de Berlin. Il est le premier d'une longue série à critiquer la démarche des curateurs qui ont privilégié le message politique en négligeant l'aspect artistique.

Cette rencontre avec Damien Deroubaix nous a fortement marqué. Nous étions face à un esprit acéré, un artiste reconnu qui conservait pourtant une certaine humilité. Et c'est de sa culture même qu'il la tirait: "Quand on est peintre, toute l'histoire de l'art vous regarde, Picasso, les hommes de Lascaux, Vélasquez...et il faut réussir à peindre juste, c'est là le challenge."









mardi 15 mai 2012

Aufgekauft?

Berlin est aussi célèbre pour ça, un nombre incalculable de graffitis qui transforment les rues en une exposition évolutive et éclatée dans l'espace. Parmi ces graffitis, qui vont de la petite signature à la commande publique, certains, non contents de se faire une simple place, délivrent un message. C'est le cas du monumental "Diese Stadt ist aufgekauft", néologisme qui pourrait se traduire par "cette ville est surachetée".



C'est aussi le but de notre voyage, explorer un éventail de démarches et de lieux, dont certains prônent, comme cet anonyme, un art de la résistance. La Biennale de Berlin (du 27 avril au 1er Juillet) est très politisée cette année, et sera pour nous l'occasion de (se) rendre compte du comportement de l'art sur le terrain, et de voir si telle est sa vocation, à quoi il résiste et surtout comment il en parle ...

lundi 14 mai 2012

Freies Museum

Au fond de l'impasse du 91 Postdamerstrasse, on trouve le Freies Museum. Cette adresse est également celle de l'hôtel Villa Amadeus. A priori pas de problème, ça ne semble gêner personne que se voisinent l'enseigne bleu roi de l'hôtel et la banderole taggée qui annonce le musée.
Le Freies Museum est un bâtiment en briques de 5 étages, dont 3 dédiés à l'exposition. Notre curiosité nous a poussé plus haut dans les escaliers, à la porte de ce qui semblait être un atelier. 
Jusqu'au 30 mai, le Freies présente l'expo Sleepwalking, qui réunit une bonne trentaine d'artistes. 


Installations (sonores), vidéos, sculptures, et quelques peintures, l'ensemble est inégal et hétéroclite. Les espaces sont vastes et non surchargés, cela permet de se déplacer librement entre les oeuvres, de prendre son temps. Ici on est loin du white cube, les murs et les sols ont vécu et le lieu a une place à part entière dans l'exposition. A tel point qu'on ne sait plus parfois si ce fil ou ce tuyau sont des pièces exposées ou simplement des morceaux qui dépassent. Car aucun cartel ne nous indique ce qui est oeuvre ou ne l'est pas, une scénographie intéressante qui permet un cheminement d'une oeuvre à l'autre, sans interruption. 



Il y a parfois des liens comiques; là cette vidéo d'un homme qui plante un clou-accroche son chapeau-défait son chapeau-accroche son pardessus-accroche un autre clou (etc..) à côté d'une installation présentant un portemanteau qui supporte un lourd sac de cuir et d'une série de photos d'un homme en complet veston qui "fait joujou" avec des baguettes de pain. D'autres oeuvres se répondent (ou se gênent?) dans une atmosphère plus angoissante; une vidéoprojection d'un homme qui tourne sur lui même en accéléré accompagnée du son d'une machine industrielle et d'un enregistrement sonore impossible à identifier.  
En bref, un lieu à voir et une exposition agréable à visiter, étonnante, drôle parfois. 
Un petit coup de coeur personnel pour le papier peint des toilettes: oeuvre perenne ou temporaire? 




Les Berlinois sont des oeuvres d'art

Une bande de super héros aperçu au vernissage de la Skalitzers Contemporary Art. 

Ce soir-là, nous avions clairement affaire à des gens costumés. Mais à Berlin parfois la frontière est mince entre un accoutrement excentrique et un déguisement. C'est un des aspects positifs de cette ville: vous êtes libres de vous habiller comme bon vous semble, personne ne vous jugera à votre aspect. Au contraire, la règle tacite semble être d'y aller à fond, quitte à ne plus se reconnaitre: cheveux verts/jaune/rouge, vêtements bariolés ou troués, piercings et tatoos...Berlin est (esthétiquement parlant) la capitale de tous les possibles. Et le reste de la société n'a apparemment aucun mal à l'accepter. Car avoir un piercing sur le visage ou être habillé de manière extravagante n'empêche pas d'être embauché. Ni d'entrer dans un club ou d'aller écouter un concert au philarmonique. Et, quand on est français et habitué à voir des rues pleines de clones tant les gens se conforment à la mode de l'année, c'est un vrai plaisir pour les yeux et une libération pour l'esprit.