Voyage culturel dans Berlin, répertoire non exhaustif de lieux, d'artistes, d'impressions sur la ville et ce qu'elle donne à voir en termes de création.
Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.
Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!
dimanche 24 juin 2012
mercredi 20 juin 2012
Prière de toucher ?
Pour renvoyer encore une fois au même article, le but des commissaires de la biennale de Berlin est d'en faire une plateforme politique. Difficile pour moi de ne pas voir d'art dans une biennale d'art contemporain, ce qui m'amène à supposer qu'il y a bien ici une recherche artistique. Certaine oeuvres sont tout de même difficiles à identifier comme telles, parce qu'elles mettent en jeu des forces, plutôt que des formes bien définies. Beaucoup de gens sont plutôt réfractaires a cette Biennale.
Pour beaucoup, il n'y a aucun intérêt à l'occupation sur invitation, des locaux du KW (Kunst Werke) par des Indignés. Le rapport à la politique semble illustratif, redondant - simplement poser un fait devant un public et demander à ce même public de passer du rang de regardeur à celui de citoyen ("Make the viewer become citizen"), en participant au processus. Des panneaux invitent les regardeurs "passifs" à agir.
Cependant, il ne me semble pas que le but de la manœuvre soit d'ériger un groupe politique en berger du peuple. Le dispositif n'est pas là pour dire "vous n'êtes pas des citoyens si on ne vous tient pas la main". Le citoyen qui entre dans une exposition pour se faire regardeur et à qui l'on demande de se faire citoyen, devient un citoyen déplacé, esthétisé, il me semble qu'il n'est plus vraiment le peuple. Ce citoyen déplacé n'est pas non plus là pour jouer à l'indigné, la tente au centre du campement , avec un écriteau "prière de respecter la vie privée", le repousse dans une vie publique.
C'est de cette vie publique qu'il s'agit, l'analogie avec la politique se fait ici, l'art se fait dans des forces en mouvement, il est réorganisé pour se disséminer dans l'espace public, au risque qu'on ne le reconnaisse pas. C'est un beau pari que de ne plus pointer l'art d'un énorme doigt, de dépasser le j'aime/ je n'aime pas, et de réfléchir sur ce qui fait oeuvre ou sur ce qui produit une réflexion, art ou non - sans se cacher derrière un statut. En définitive le spectateur n'attend pas l'art pour éprouver le sentiment du beau, pour se questionner, pour agir.
L'exemple du mur de Nada Prjla semble bien illustrer cette idée. Un mur obstruant la rue a été érigé sur la Friedrichstrasse. Le mobile : dénoncer les différences sociales entre deux quartiers. L'oeuvre est grinçante,d'abord il s'agit d'un mur à Berlin disposé comme un morceau du mur de Berlin réérigé. C'est une grande façade (noire d'un côté et métallique de l'autre) qui obstrue la rue non seulement, mais la vue également. L'oeuvre est gênante, d'un point de vue esthétique, politique, mais aussi économique. Très vite, tout concoure à énerver commerçants et riverains.
Il me semble que c'est là que l'oeuvre s'active, les habitants s'indignent. Ce qui est important ici s'est d'amener le public à prendre position, l'artiste perd le contrôle, ce qui fait oeuvre c'est le déroulement d'une histoire. Une esthétique et une réflexion s'engagent ainsi, dans une large palette de gestes de résistance.
Pour beaucoup, il n'y a aucun intérêt à l'occupation sur invitation, des locaux du KW (Kunst Werke) par des Indignés. Le rapport à la politique semble illustratif, redondant - simplement poser un fait devant un public et demander à ce même public de passer du rang de regardeur à celui de citoyen ("Make the viewer become citizen"), en participant au processus. Des panneaux invitent les regardeurs "passifs" à agir.
Cependant, il ne me semble pas que le but de la manœuvre soit d'ériger un groupe politique en berger du peuple. Le dispositif n'est pas là pour dire "vous n'êtes pas des citoyens si on ne vous tient pas la main". Le citoyen qui entre dans une exposition pour se faire regardeur et à qui l'on demande de se faire citoyen, devient un citoyen déplacé, esthétisé, il me semble qu'il n'est plus vraiment le peuple. Ce citoyen déplacé n'est pas non plus là pour jouer à l'indigné, la tente au centre du campement , avec un écriteau "prière de respecter la vie privée", le repousse dans une vie publique.
C'est de cette vie publique qu'il s'agit, l'analogie avec la politique se fait ici, l'art se fait dans des forces en mouvement, il est réorganisé pour se disséminer dans l'espace public, au risque qu'on ne le reconnaisse pas. C'est un beau pari que de ne plus pointer l'art d'un énorme doigt, de dépasser le j'aime/ je n'aime pas, et de réfléchir sur ce qui fait oeuvre ou sur ce qui produit une réflexion, art ou non - sans se cacher derrière un statut. En définitive le spectateur n'attend pas l'art pour éprouver le sentiment du beau, pour se questionner, pour agir.
L'exemple du mur de Nada Prjla semble bien illustrer cette idée. Un mur obstruant la rue a été érigé sur la Friedrichstrasse. Le mobile : dénoncer les différences sociales entre deux quartiers. L'oeuvre est grinçante,d'abord il s'agit d'un mur à Berlin disposé comme un morceau du mur de Berlin réérigé. C'est une grande façade (noire d'un côté et métallique de l'autre) qui obstrue la rue non seulement, mais la vue également. L'oeuvre est gênante, d'un point de vue esthétique, politique, mais aussi économique. Très vite, tout concoure à énerver commerçants et riverains.
Il me semble que c'est là que l'oeuvre s'active, les habitants s'indignent. Ce qui est important ici s'est d'amener le public à prendre position, l'artiste perd le contrôle, ce qui fait oeuvre c'est le déroulement d'une histoire. Une esthétique et une réflexion s'engagent ainsi, dans une large palette de gestes de résistance.
dimanche 17 juin 2012
Le Tacheles
Ne nous attardons pas sur le fait que le Tacheles est un célèbre squat Berlinois, ouvert en 1990, occupé principalement par des artistes puisqu'il s'agit, dès le départ, d'une Kunsthaus (Maison d'Art). Beaucoup l'ont déjà fait . Pour faire bref, l'histoire de ce lieu en tant que squat artistique est intéressante puisqu'il naît, peu après la chute du mur de Berlin, dans un esprit d'avant-garde (1: E4, les blancs signent leur défaite) pour progressivement gagner en popularité, puis devenir touristique au fil des ans. (Pour plus de précision sur les mécanismes qui purent l'y mener voir les liens). Aujourd'hui le lieu ressemble plutôt à une galerie marchande déguisée en punk.
L'impression d'être tombé dans un piège à touriste est bien réelle dès les premiers pas. Cependant le lieu ne s'éloigne pas de l'image de son but premier, reste un bâtiment qui a vécu et abrite encore plus d'une cinquantaine d'artistes. Donc difficile, même si nous (les touristes) et les étals de marchands faisons tache, d'oublier l'histoire du lieu et son potentiel. C'est donc avec un enthousiasme, sans doute naïf, que nous pouvons voir la porte de certains ateliers fermée au nez du public, parmi les ateliers ouverts, certaines oeuvres de qualité ainsi qu'un esprit combatif qui persiste chez certains occupants.
Si beaucoup d'oeuvres, au Tacheles, ont perdu en qualité, il n'en demeure pas moins que "l'art c'est ce que font les artistes" : le Tacheles, écrasé sous le talon de fer des investisseurs mais tentant néanmoins de rester l'image de lui même (idéalisme ou opportunisme ?), est symptomatique de l'état de la culture Berlinoise. Le lieu conserve, peut-être malgré lui, une certaine pertinence.
Cette histoire soulève beaucoup de questions intéressantes entre autre gentrification, mouvement anti-biennale(combat des géants)/ art et politique, essences des mouvements alternatifs, état de la culture Berlinoise... une réflexion qui mérite d'être poursuivie et le sera ici au fil des jours.
L'impression d'être tombé dans un piège à touriste est bien réelle dès les premiers pas. Cependant le lieu ne s'éloigne pas de l'image de son but premier, reste un bâtiment qui a vécu et abrite encore plus d'une cinquantaine d'artistes. Donc difficile, même si nous (les touristes) et les étals de marchands faisons tache, d'oublier l'histoire du lieu et son potentiel. C'est donc avec un enthousiasme, sans doute naïf, que nous pouvons voir la porte de certains ateliers fermée au nez du public, parmi les ateliers ouverts, certaines oeuvres de qualité ainsi qu'un esprit combatif qui persiste chez certains occupants.
Si beaucoup d'oeuvres, au Tacheles, ont perdu en qualité, il n'en demeure pas moins que "l'art c'est ce que font les artistes" : le Tacheles, écrasé sous le talon de fer des investisseurs mais tentant néanmoins de rester l'image de lui même (idéalisme ou opportunisme ?), est symptomatique de l'état de la culture Berlinoise. Le lieu conserve, peut-être malgré lui, une certaine pertinence.
Cette histoire soulève beaucoup de questions intéressantes entre autre gentrification, mouvement anti-biennale(combat des géants)/ art et politique, essences des mouvements alternatifs, état de la culture Berlinoise... une réflexion qui mérite d'être poursuivie et le sera ici au fil des jours.
jeudi 7 juin 2012
Autocenter
Ancien quartier de Berlin-Est, Friedrichshain est à l'époque un quartier délabré où on trouve de nombreux espaces vides, beaucoup d'artistes viennent s'y installer. Entre 2001 et 2007, l'Autocenter est l'un des centres névralgiques qui participe au renouveau du quartier: 131 artistes et curateurs pour 68 expositions successives. Les expositions sont très courtes, une semaine en moyenne, on confie les clés du lieu à l'artiste qui s'occupe de A à Z de l'exposition. Il fait le montage, la communication si besoin (et envie) et organise le vernissage. Puis il s'occupe du gardiennage pendant la durée de l'exposition, démonte le tout et c'est le tour du suivant.
Un lieu hyperactif donc, très festif aussi. On y célèbre le carnaval (chaque participant est invité à fabriquer son masque) et l'Oktoberfest (la fête de la bière), ça se termine souvent au petit matin avec quelques dormeurs avachis au milieu des bouteilles vides. Damien Deroubaix qui a participé également à l'aventure du premier Autocenter en parle avec une certaine nostalgie. Il regrette le dynamisme de cette époque, où les expositions se succédaient, chacun était libre d'expérimenter; et si la qualité n'était pas toujours au rendez-vous, tant pis c'était de courte durée. Un lieu d'émulsion artistique donc. Qui a vu passer des grands noms comme Jonathan Meese, Tatjana Doll ou encore Olafur Eliasson.
Début 2008, l'Autocenter déménage dans de nouveaux locaux situés au dessus d'un Lidl, mais toujours à Friedrichshain. Du sol au plafond, tout est à refaire, mais en définitive, le lieu est plus grand (on passe de 90 mètres carré à 333)et plus lumineux que l'ancien. La programmation change, les expositions durent en moyenne un mois. Maik Schierloh nous raconte cette évolution, une envie d'accorder plus de temps aux artistes, d'accueillir des projets plus réfléchis, plus aboutis. Et comme avec les années, ils ont gagné en notoriété, ils ont désormais le choix: en moyenne une dizaine de demandes leur arrivent chaque mois. C'est l'envie qui les guide, ils ne présentent que les expositions qu'ils ont plaisir à voir, ce qui est déjà un luxe en soi.
Néanmoins, j'ai eu l'impression que ce changement de locaux avait marqué la fin d'une ère. Le premier Autocenter était un lieu très libre, dynamique et festif; un espace d'expérimentation. Le lieu a gardé son autonomie (aucun subventionnement) mais il est rentré dans la norme: simplement un lieu d'art qui présente des expositions de qualité et dans de bonnes conditions. Il semble avoir perdu l'énergie et la légèreté des débuts. Peut être une évolution logique après tout: l'Autocenter a vécu de belles heures adolescentes, aujourd'hui il est entré dans sa phase de maturité.
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