Fussgänger(n)
Voyage culturel dans Berlin, répertoire non exhaustif de lieux, d'artistes, d'impressions sur la ville et ce qu'elle donne à voir en termes de création.
Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.
Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!
dimanche 12 août 2012
Carnaval of subculture, Köpi Street Festival
Le 26 mai, alors que le (très touristique) Karnaval der Kulturen battait son plein à Kreuzberg, le Köpi annexait la Köpernickerstrasse pour y fêter le Carnaval of Subculture. Les squats les plus emblématiques de Berlin y participaient, le Köpi et le Schwarzer Kanal étant les plus anciens et les deux piliers. De nombreux stands avaient été installés, pour vendre de la nourriture ou des boissons; entre autres une fameuse installation, toboggan de glace au bout duquel on recevait une bonne gorgée de vodka au son des percussions. Deux scènes avaient été installées, où se succédaient des groupes punk, métal et hardcore.
Le festival servait également de tribune politique, pour informer et discuter autour du projet Media Spree qui menace aujourd'hui la survie de plusieurs squats berlinois et en a déjà délogé certains.
Nous nous y sommes rendus en touristes et, en arrivant, ne nous sentions pas très à l’aise dans nos jeans et baskets: cuirs, crêtes, boots et tatouages étaient de mise, le noir et le rouge dominaient. Mais, le premier malaise passé, nous nous sommes rendus compte que personne ne nous regardait de travers, le public et les organisateurs étaient accueillants et ouverts.
Cet évènement a été un succès, bien qu’il se soit terminé tôt (avant 23h) sans doute pour ne pas ajouter de l’eau au moulin de leurs détracteurs.
C/O-Fotographie Berlin
Nous nous sommes rendus au C/O à
l’occasion du vernissage de l’exposition de Larry Clark. Sans doute en raison
de la notoriété de l’artiste, ce lieu, pourtant immense, était bondé ce qui
rendait l’accès aux œuvres difficile.
Situé dans une ancienne poste de la Oranienburgerstrasse, le bâtiment de quatre étages est immense et superbe. Comme de nombreux lieux à Berlin, il a conservé quelques irrégularités qui lui donne un charme particulier ; on retiendra par exemple, l’ancien gymnase transformé en salle d’exposition mais qui a conservé son panier de basket et les lignes de marquage au sol. L’exposition (pour public averti) retraçait plusieurs périodes de la carrière de Larry Clark et présentait une importante série de photographies, vidéos et collages. Un thème unique et cher à l’artiste, montrer le quotidien d’adolescents en quête d’eux-mêmes, expérimentant sexe, drogues et armes à feu.
Deux ans auparavant, une exposition du même artiste avait créé la controverse à Paris, mais à Berlin ce qu’on présentait comme pornographique ou à la limite de la pédophilie était abordé simplement comme un regard cru et sans voile sur l’adolescence et ses dérives.
Gentrifaille
Le terme gentrification semble se promener sur toutes les lèvres. Beaucoup
pensent que la capitale allemande est victime de ce phénomène
géopolitique : la gentrification (mot anglais de gentry, « petite noblesse
») est un phénomène urbain d'embourgeoisement. Cela se passe souvent de la
manière suivante : les quartiers délaissés ou délabrés sont réinvestis par
les artistes et alternatifs, car attractifs pour eux ( de nombreux espaces
vides et à bas prix). Ils se réapproprient les friches, « retapent »
le quartier et y insufflent un nouveau dynamisme en créant différents pôles
d’activités (lieux de concerts, d’expositions ou simplement espaces de
réunions). Ils créent une nouvelle réputation au quartier qui devient
attractif ; et petit à petit, tout ce travail est absorbé par des investisseurs
intéressés par le potentiel touristique et immobilier. Les prix enflent et ceux qui ont permis
au quartier de revivre n’ont pas les moyens de rester ou se font tout
simplement déloger, d’autant plus s’ils squattent les lieux sans payer de
loyer. Le profil économique et social des habitants du quartier se transforme
au profit exclusif d'une couche sociale supérieure.
Nous étions bénévoles et tenions le bar lors de la soirée anniversaire de Radio Sterni une radio indépendante siégeant dans un Hausprojekt. Un Hausprojekt est littéralement un «projet maison», manière alternative et coopérative de se loger dans un espace «légal». Souvent la maison est partagée dans sa totalité, les habitants vivent dans la communauté plus que dans l’intimité, et travaillent à des projets culturels ou politiques, Radio Sterni en est un exemple.
Radio Sterni diffusait, en allemand et en français des émissions de « Politique expérimentale », c’est-à-dire très décalées, à l’instar de Lola qui faisait une chronique drôle et féministe autour du poil. Dans notre affût, nous trouvions un poste d’observation privilégié des milieux alternatifs (où il est en général interdit de prendre des photos) et avons fait plusieurs rencontres intéressantes.
C’est ainsi que l’un d’entre nous voyait se faire critiquer le projet que nous portions à bout de bras. Un doctorant en climatologie lui expliquait que : « ce type de projet était plutôt courant à Berlin, un phénomène de mode ». Souvent, selon lui, « ce phénomène contribue à faire de Berlin un état culturel sur le déclin. Vanter les mérites de la ville contribue à la rendre attractive et c’est justement son attractivité qui en fait une ville saturée d’artistes, d’écrivains en herbe et de bourgeois bohèmes ». Notre attitude était, selon lui, « un symptôme du phénomène de gentrification ». Il avait sans doute raisons, bien que nos intentions initiales soient nobles et que nous ne projetions pas de nous installer à Berlin.
Le processus semble irrévocable, tant le terme de gentrification est à la mode et dénoncé par tous, même ses propres acteurs.
Butt and Better, Grünau
Début juillet, l'association Kulturersatz a organisé la 4ème édition de Butt and Better. Ils disposaient depuis deux mois d'un nouveau lieu, une ancienne usine de la Regattastrasse, à Grünau dans l'est de Berlin. Cet évènement, organisé en parallèle à la Fashion Week berlinoise "veut protester contre le diktat qu’ont les grands évènements de mode sur l’art et contre la surexposition qu’ont quelques grandes marques durant cette période." Pour eux, la mode doit être considérée comme un art avec toutes les implications, notamment politiques, que cela peut entraîner.
Il a fallu beaucoup d'efforts (et de nombreux bénévoles) pour que le bâtiment puisse accueillir les festivités: durant tout le weekend, expositions, performances, concerts et sets de djs s'y sont succédés. D'une salle à l'autre, les ambiances étaient très variées: la salle bleu électrique était consacrée à l'électro, celle du bar, avec ses nombreux fauteuils, aux concerts acoustiques. On a pu voir aussi quelques installations étonnantes: une pièce aux canapés plastifiés dans laquelle on communiquait via des téléphones-tuyaux, un toboggan qui reliait deux étages et nous faisait atterrir (la tête la première ou les pieds devant) dans un arc en ciel de copeaux de plastique.
Et, bien entendu, des défilés ont pris place sur le tapis rouge installé dans le jardin. Des collections complètes avaient été crées pour l'occasion à partir de matériaux hétéroclites et recyclés. Un atelier de couture, rempli de chutes de papier et de tissu était ouvert durant tout le festival, pour ceux qui voulaient s'improviser styliste ou mannequin.
Des journalistes de Canal + étaient venus filmer l'évènement pour l'émission Les nouveaux explorateurs. Un reportage qu'ils consacraient aux nuits berlinoises. Mais c'était, semble t-il, des couche-tôt et les nuits berlinoises se terminant souvent le lendemain (matin/midi ou soir selon l'humeur ou la forme) ils ont du rater certains aspects de l'évènement. Comme le set mémorable (From Marie-Louise with love) de notre ami Poperttelli dans une pièce de 7 mètres carré, aux alentours de 7 heures du matin...
Flughafen Tempelhof
Créé en 1923, Tempelhof était le plus petit des trois aéroports Berlinois mais le plus vieil aéroport commercial au monde. Il était situé dans le quartier de Tempelhof-Schöneberg et bien relié à la ville, car situé à proximité du Ring.
Construit sur un terrain de forme ovale avec deux pistes d'atterrissage, il était bordé par un complexe de bâtiments dont les plans devaient représenter un aigle en vol (emblème de l'Allemagne ) En 1975, la Pan Am et British Airways déplacent leur vols sur Berlin vers le tout nouvel aéroport de Tegel, et Tempelhof devient un aéroport quasi abandonné, utilisé essentiellement par l'armée américaine.
Il est finalement fermé en octobre 2008, mais rouvre le 8 mai 2010 (jour commémorant la capitulation du IIIe Reich) sous forme d'un immense parc et espace public. D'une superficie de 380 hectares, il est plus vaste que le Central Park à New York. Les pistes d’atterrissage, les bâtiments et la tour de contrôle ayant été laissé sur place, Tempelhof est un parc à la physionomie très particulière.
![]() |
| crédits photos : Vilouictor |
Tempelhof ressemble plus à un parc à la Londonienne, très peu de végétation, découpé par des pistes de goudron. Pour cause, il semblerait que jusqu’à nouvel ordre, le terrain soit trop pollué par le Kérosène pour que l’on puisse y cultiver quoi que ce soit. Une rumeur, que nous n’avons pas pu vérifier, (nous étions sans moyen de locomotion, sous une chaleur écrasante, désespérés par l’étendue à parcourir, la première fois que nous y sommes allés)prétend qu'un espace serait tout de même consacré à des jardins assez particuliers : quelques personnes ont installé différents récipients -allant du pot de fleurs à la vieille baignoire- ramené de la terre d'ailleurs et cultivent ainsi des légumes à quelques centimètres du sol.
Au mois de juin, le collectif RaumLabor a investi l'ancien aéroport à l'occasion de la Grosse Weltaustellung 2012. Le collectif s'interroge sur les limites antre art, architecture et urbanisme et, plus récemment, travaille en collaboration avec le théâtre "Hebbel am Ufer" pour questionner les lieux qui ont perdu leur sens originel. Plusieurs constructions de fortune étaient installées ou plutôt disséminées dans le parc, dans certaines on a pu assister à des performances ou des concerts. Les cerfs-volants, habitués de Tempelhof, ressemblaient aux constructions colorées, leurs homologues terriennes, qui tentaient d’occuper un royaume trop grand pour elles.
Rédaction : Redof et Lourie
mercredi 8 août 2012
La cime en bas
Deux installations, d'artistes qui m'étaient jusqu'alors inconnus, ont attiré mon attention, Vattenfall Contemporary (2012) de Michael Sailstorfer et Absurd Berlin Diary '64 d'Emilio Vedova.
En entrant dans la Berlinische Galerie, nous nous trouvons face à des arbres la cime en bas, attachés par les pieds à une armature métalique qui court en zigzag sur le plafond. Un mécanisme fait tourner lentement chaque arbre, qui a été coupé dans la région, si bien que dans le temps apparaissent des résidus, cercles au sol, d'épines, de feuilles, de branchages et de poussière, traces sur les murs, les résidus des branches qui se frottent à lui. Tous les cinq tours, deux arbres s’emmêlent et se démêlent dans un fracas. On pourrait voir ces arbres comme d'énormes pinceaux qui laissent sur place les traces d'une gestuelle répétitive.
L'architecture de la Berlinische galerie offre plusieurs points de vue sur l'oeuvre, en haut ou en bas.
C'est également vrai pour l'installation d'Emilio Vedova, artiste qui appartenait au mouvement parisien de l'abstraction lyrique. Des constructions papillonnantes faites à partir de découpes de planches de bois peintes, des formes d'une peinture gestuelle et résiduelles sont réorganisées. Un jeu d'ombres s'opère, la vue plongeante que nous offre la galerie est indispensable pour saisir l'ampleur de l'oeuvre.
Nous ne pourrons malheureusement pas publier les photos des oeuvres, le musée ne nous ayant pas accordé l'autorisation.
jeudi 26 juillet 2012
Un exemple de graffiti contestataire contre le projet d'aménagement des berges de la Spree
Média Spree est un projet d’aménagement des berges du fleuve qui traverse Berlin. La ville projette (depuis 2000 ) d'y créer des appartements de grand Standing, hôtels de luxe et autres grand magasins pour en faire un centre de la communication. Créer de l’emploi, dit la ville, mais de l’emploi précaire répondent certains, et détruire l’identité de deux quartier : Kreuzberg et Schöneberg. Les rives sont jalonnées d’immeubles ou de terrains abandonnés qui auraient pu être recyclés et faire le régal des alternatifs. Pour l’heure, ceux-ci sont couvert de graffitis : « Coulez Média Spree ». Des réfractaires à l’initiative de la ville entendent ouvrir des négociations, au moyen de sites Internet et de pétitions, visant à réunir les mécontents.
Ils ont de petites doléances mais cherchent avant tout à ouvrir une brèche, un terrain de négociation qui devrait permettre, à terme, de freiner le phénomène de gentrification.
En effet, il serait à craindre que ce type de projet ne mène à l’embourgeoisement du centre, rejetant les plus pauvres à la périphérie. C’est déjà le cas pour certains squats, à l’exemple du Schwarzer Kanal, premier squat féministe de Berlin, délogé en 2010 et forcé de s’installer à l’extérieur du Ring. Sa survie est menacée, car les habitantes subsistaient avant tout grâce à l’organisation d’un atelier de vélo à prix libre et deVokü (Volksküche : la cuisine du peuple, des repas à bas prix et souvent végétariens organisés dans de nombreux lieux alternatifs). En les éloignant du centre, la fréquentation du public a largement diminué, et avec elle leur principale source de revenus.
Inscription à :
Articles (Atom)




