Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.

Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!

jeudi 26 juillet 2012


Un exemple de graffiti contestataire contre le projet d'aménagement des berges de la Spree


Média Spree est un projet d’aménagement des berges du fleuve qui traverse Berlin. La ville projette (depuis 2000 ) d'y créer des appartements de grand Standing, hôtels de luxe et autres grand magasins pour en faire un centre de la communication. Créer de l’emploi, dit la ville, mais de l’emploi précaire répondent certains, et détruire l’identité de deux quartier : Kreuzberg et Schöneberg. Les rives sont jalonnées d’immeubles ou de terrains abandonnés qui auraient pu être recyclés et faire le régal des alternatifs. Pour l’heure, ceux-ci sont couvert de graffitis : « Coulez Média Spree ». Des réfractaires à l’initiative de la ville entendent ouvrir des négociations, au moyen de sites Internet et de pétitions, visant à réunir les mécontents.
Ils ont de petites doléances mais cherchent avant tout à ouvrir une brèche, un terrain de négociation qui devrait permettre, à terme, de freiner le phénomène de gentrification.
En effet, il serait à craindre que ce type de projet ne mène à l’embourgeoisement du centre, rejetant les plus pauvres à la périphérie. C’est déjà le cas pour certains squats, à l’exemple du Schwarzer Kanal, premier squat féministe de Berlin, délogé en 2010 et forcé de s’installer à l’extérieur du Ring. Sa survie est menacée, car les habitantes subsistaient avant tout grâce à l’organisation d’un atelier de vélo à prix libre et deVokü (Volksküche : la cuisine du peuple, des repas à bas prix et souvent végétariens organisés dans de nombreux lieux alternatifs). En les éloignant du centre, la fréquentation du public a largement diminué, et avec elle leur principale source de revenus.



dimanche 15 juillet 2012

Hamburger Banhof




Nous avons visité l'Hamburger Banhof jusqu'à extinction des néons de Dan Flavin. Il y a beaucoup de choses à voir dans cette ancienne gare. Et, ne serait ce que pour l'importante collection d'oeuvres de Joseph Beuys, la visite vaut le détour. La collection comprend quelques sculptures, les inévitables blocs de graisse et objets en feutre mais surtout l'archive de la célèbre performance "Comment expliquer l'art contemporain à un lièvre mort".

En ce qui concerne la création contemporaine, et bien que l'on parle ici d'un dinosaure de l'art, une exposition a retenu notre attention : Anthony Mc Call.
Nous entrons dans une pièce sombre dans laquelle les enquêteurs peuvent constater plusieurs choses. Des projecteurs de lumière sont accrochés au plafond. Au sol, des lignes montrent que la lumière des projecteurs est découpée, d'une manière ou d'une autre. Entre plafond et sol, des pyramides de lumière mises en évidence par une fumée qui occupe les trois salles, et un public indiscipliné qui les traverse. Ce public cherche à habiter les lignes du sol, à faire partie de la forme générale, joue aux ombres chinoises et danse dans ou autour des pyramides. Ce comportement s'explique avec la lecture du texte de présentation. Pour Antony Mc Call c'est un "petit plus" que de laisser les spectateurs participer à l'oeuvre.
Si nous les regardons plus longtemps, nous nous rendons compte que les lignes au sol, plans des pyramides, se déplacent très lentement, changent de forme, s'ouvrent et se referment. Puis notre regard se lève, constate le dispositif, et nous sommes face à ce que l'artiste appelle des "Solid Sculpture". Sculptures intangibles, que l'on peut traverser (comme le public qui fait partie de l’oeuvre), mais qu'il est presque impossible de saisir, intellectuellement, c'est à dire de former une image mentale de la forme qui se présente à nous, bien qu'on en saisisse l'idée générale.

5 Minutes of Pure Sculpture s'appelle l'installation de neuf pyramides lumineuses. Pourquoi 5 minutes, quand certaines projections durent une heure ? Est-ce le temps que met notre regard à s'habituer? Donc le temps de viabilité des oeuvres?  Le public en tout cas, ne se lasse pas …
En fait, c'est l'histoire qui répond. Lorsqu'Antony Mac Call commençait sa recherche plastique, affilié au mouvement de l'art cinétique, il présentait ses formes de lumière dans les cinémas. L'histoire parle souvent de fumigène. L'un des jeunes artistes que nous avons rencontré, Vincent Puricelli, nous éclaire. À l’époque où il présentait ces sculptures de lumière dans les cinémas, 5 minutes était le temps nécessaire à la fumée de cigarettes pour se répandre dans la salle et révéler les cônes de lumière. L’oeuvre serait donc participative par essence, historiquement le public est un fumigène.

mardi 10 juillet 2012

Chacun son tour d'y voir.

Les entrées sont limitées, la collection d'art contemporain et son milliardaire sont bien protégés : dans le quartier de Mitte et accessoirement dans un Bunker de 3000 m² sur cinq étages. Celui-ci fût construit en 1942 pour abriter 1200 civils au cas où. Les préoccupations depuis ont évolué et le Bunker a connu, en 70 ans,  plusieurs formes d'existence.

                                                    Photographie: © NOSHE, vue du Bunker.

En 1945, contrôlé par l'armée soviétique, il sert de prison. En 1949 on y stocke du textile et en 1957 de la nourriture. C'est alors une VEB, Volkseigener Betrieb, soit une entreprise possédée par le peuple, où l'on stocke des fruits, il est surnommé "Bananabunker". En 1992, c'est une boîte techno hardcore, y ont lieu notamment deux soirée restées dans les anales, "sexperimenta" et "the overture of lust". En 1990, il retourne aux mains de l'Allemagne réunifiée et en 2001 le bunker est récupéré par une société à responsabilités limitées (GmbH, équivalent Allemand de la SARL) . C'est seulement en 2003 que Christian Boros entreprend les travaux dans son nouveau Bunker. Cinq ans plus tard, il y expose une partie de sa collection qui dès lors sera ouverte au public, sur rendez-vous et pour la modique somme de 10 € (et 6 € pour les étudiants). 

On rencontre cette petite histoire à plusieurs endroits sur le web, mais en premiers lieu sur le site de la Collection Boros : http://www.sammlung-boros.de/index.php?id=1355&L=0. On peut y trouver l'histoire détaillée du lieu, des photographies et surtout s'inscrire pour une visite (le bunker est fermé jusqu'à septembre).

Certaines pièces sont magnifiques : le néon éteint de Kitty Kraus, la chaise branlante de Sarah Lucas, la cloche de Kris Martin, la structure de bois de Manfred Pernice, les logos de Daniel Pflumm, une sculpture de Bojan Sarcevic qui pour moi répond très efficacement au lieu, les photographies/ performances de Florian Slotawa, les traces de repas de Rirkrit Tiravanija et le mur lumineux d'Olafur Eliasson.
Mon sentiment (personnel) après la visite reste tout de même un certain ennui. C'est peut-être dû à la situation géographique, dans ce bunker les pièces surprotégées sont complètement coupées du monde, plus encore que dans un musée, elles sont comme mortes. J'avais décidément la sensation d'entrer dans un tombeau bourré à craquer de pièces qui partageaient ma détresse.    






dimanche 1 juillet 2012

Expédition à Teufelsberg

Teufelsberg, en allemand "la montagne du diable", est un Schuttberg ( colline artificielle) situé dans la forêt de Grünewald à Berlin Ouest et érigé par les Alliés après la Seconde Guerre Mondiale. A cet emplacement se trouvait une université technique militaire nazie conçue par Albert Speer, architecte officiel du projet Grand Berlin de Hitler. Il faut croire que c'était un bon architecte, car les Alliés ont échoué à faire exploser l'édifice. Ils l'ont finalement recouvert de gravats accumulés dans la ville pendant la reconstruction et érigé cette montagne de 80 mètres de haut.
Pendant la guerre froide, un centre d'espionnage de la NSA américaine a été édifié sur la colline; trente années durant, le Teufelsberg a été un des premiers postes d'interception des ondes satellites et des communications en provenance de Berlin Est. Rien que vous n'apprendrez en parcourant Wikipédia.

Se rendre sur le site, c'est une autre affaire. D'abord, se repérer dans la forêt, gravir une première colline (d'où on a une première vue du site et un beau point de vue sur la ville) puis une deuxième. Et surtout trouver l'entrée: le site est entouré de 3 rangées de barbelés, il faut le contourner pour trouver l'entrée, un portail avec un barreau scié. Ne pas avoir peur des débris: planches de bois, verre brisé et monceaux de ferraille en tout genres. Ni du punk à l'entrée qui squatte une tourelle et semble être le gardien des lieux.

On suit un couloir délabré et puis on entame l'ascension du bâtiment principal, sur lequel on trouve les trois anciens radars en forme de dôme. Le plus impressionnant est au sommet, on y accède par une tourelle, structure en métal recouverte de toile, aujourd'hui déchirée. D'étages en étages, la vue est de plus en plus impressionnante, mais il faut avoir le cran de s'approcher du vide pour jeter un coup d'oeil à travers la toile: à éviter absolument si vous avez le vertige!

La récompense est en haut dans cet immense dôme où vous allez vivre une expérience sensorielle unique: l'écho y est impressionnant, le son se répercute et vous est renvoyé de tous les côtés. Une acoustique tout droit sorti d'un film de Lynch et qui a inspiré quelques musiciens: pour vous donner une petite idée ou encore et aussi...
En redescendant, nous avons poussé notre exploration dans les couloirs de la base militaire. La lampe torche aurait été bienvenue, nous n'avions que le flash de l'appareil photo pour nous guider, à pas mesurés donc. Là encore, le terrain est miné: des câbles électriques jonchent le sol souvent troué, les murs sont tous taggés et les faux plafonds se sont écroulés. Forcément, on s'invente des histoires, que s'est il passé dans ces lieux? et puis l'imagination est orientée par les cellules à l'entrée..
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Teufelsberg est un endroit atypique et très étonnant, qui semble abandonné et dans lequel on ne sait pas vraiment si on a le droit d'entrer. Pourtant c'est un site connu et touristique; pendant la journée nous avons croisé une dizaine de personnes, tous étrangers. Nombreuses histoires circulent sur une possible reconversion, car il a été racheté au début des années 2000 par des investisseur privés, avec l'intention d'en faire un musée de l'espionnage. Ce serait, à mon sens, une belle perte d'authenticité et tellement dommage de priver les futurs visiteurs de ce sentiment, tellement rare, d'être un aventurier.




Dans L'atelier Kunst(Spiel)Raum.

C'est dans le quartier de Kreuzberg, à proximité de Mehringdamm, qu'on pouvait voir l'exposition Cosmophobia, elle même située dans L'Atelier Kunst(Spiel)Raum. Galerie d'art ouverte en juin 2011, par Stéfania Angelini, qui fête, au moment où j'écris ces lignes, son premier anniversaire (la galerie). 

Originalité du lieu, et volonté de la galeriste, on y joue littéralement les expositions, comme l'atteste l'exposition  Things For Houses, dont nous reparlerons prochainement. Comme pour une résidence, une chambre située sous la galerie est réservée aux artistes qui viennent y travailler. L'exposition doit être avant tout un moment de rencontre et la galerie doit être habitée. Workshops et autres évènements (bientôt quatre jours consacrés à la semaine de la mode) concourent à rendre ce lieu vivant.



Le vernissage d'une exposition qui échappe un peu à la règle, Cosmophobia, nous amenait à visiter le lieu le 19 mai dernier.  Cette fois les artistes abattaient leur jeu sur place, sans forcément jouer la même partie. (pas de résidence et un curateur missionné pour l'occasion).


L'exposition collective était organisée par le curateur Tom Trevatt qui avait réuni les oeuvres d'Adam Thompson, Justin Gainan, Iris Touliatou, Lila Fowler, Miko Canini et d'Olve Sande, artistes contemporains d'horizons variées (le terme est vague mais ...). Si les oeuvres par leur formes, souvent (rect)angulaires, leurs tonalités, épurées ou monochromes, agissaient de concert sur l'espace,  elles maintenaient chacunes leurs positions d'oeuvres singulières et intègres, que l'on découvrait selon le parcours que suivait notre intérêt.                                                                                                                         


Désarçonné, le mien s'est arrêté sur les oeuvres d'Adam Thompson, deux formes rectangulaires alignées l'une à l'autre et se transformant nettement selon l'angle duquel on les regardait. Le sens de ces objets énigmatiques m'échappait jusqu'à "http://www.adamthompson.co.uk/" et je le déplore car rétrospectivement on est à deux pouces d'en saisir l'origine. Autre oeuvre que j'aimerais mentionner avant de devenir trop bavard, celle d'Iris Touliatou, qui évoquait l'architecture, enchevêtrant divers matériaux, produisant, suspendue et multiple, une oeuvre autour de laquelle il faisait bon tourner.