Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.

Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!

mercredi 20 juin 2012

Prière de toucher ?

Pour renvoyer encore une fois au même article, le but des commissaires de la biennale de Berlin est d'en faire  une plateforme politique. Difficile pour moi de ne pas voir d'art dans une biennale d'art contemporain, ce qui m'amène à supposer qu'il y a bien ici une recherche artistique. Certaine oeuvres sont tout de même difficiles à identifier comme telles, parce qu'elles mettent en jeu des forces, plutôt que des formes bien définies. Beaucoup de gens sont plutôt réfractaires a cette Biennale.

Pour beaucoup, il n'y a aucun intérêt à l'occupation sur invitation, des locaux du KW (Kunst Werke) par des Indignés. Le rapport à la politique semble illustratif, redondant - simplement poser un fait devant un public et demander à ce même public de passer du rang de regardeur à celui de citoyen ("Make the viewer become citizen"), en participant au processus. Des panneaux invitent les regardeurs "passifs" à agir.

Cependant, il ne me semble pas que le but de la manœuvre soit d'ériger un groupe politique en berger du peuple. Le dispositif n'est pas là pour dire "vous n'êtes pas des citoyens si on ne vous tient pas la main". Le citoyen qui entre dans une exposition pour se faire regardeur et à qui l'on demande de se faire citoyen, devient un citoyen déplacé, esthétisé, il me semble qu'il n'est plus vraiment le peuple. Ce citoyen déplacé n'est pas non plus là pour jouer à l'indigné, la tente au centre du campement , avec un écriteau "prière de respecter la vie privée", le repousse dans une vie publique.

C'est de cette vie publique qu'il s'agit, l'analogie avec la politique se fait ici, l'art se fait dans des forces en mouvement, il est réorganisé pour se disséminer dans l'espace public, au risque qu'on ne le reconnaisse pas. C'est un beau pari que de ne plus pointer l'art d'un énorme doigt, de dépasser le j'aime/ je n'aime pas, et de réfléchir sur ce qui fait oeuvre ou sur ce qui produit une réflexion, art ou non - sans se cacher derrière un statut. En définitive le spectateur n'attend pas l'art pour éprouver le sentiment du beau, pour se questionner, pour agir.

L'exemple du mur de Nada Prjla semble bien illustrer cette idée. Un mur obstruant la rue a été érigé sur la Friedrichstrasse. Le mobile : dénoncer les différences sociales entre deux quartiers. L'oeuvre est grinçante,d'abord il s'agit d'un mur à Berlin disposé comme un morceau du mur de Berlin réérigé. C'est une grande façade (noire d'un côté et métallique de l'autre) qui obstrue la rue non seulement, mais la vue également. L'oeuvre est gênante, d'un point de vue esthétique, politique, mais aussi économique. Très vite, tout concoure à énerver commerçants et riverains.
Il me semble que c'est là que l'oeuvre s'active, les habitants s'indignent. Ce qui est important ici s'est d'amener le public à prendre position, l'artiste perd le contrôle, ce qui fait oeuvre c'est le déroulement d'une histoire. Une esthétique et une réflexion s'engagent ainsi, dans une large palette de gestes de résistance.


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