Un projet piéton dans Berlin à la rencontre des lieux, des artistes et de la Biennale.
L'idée du blog a germé avant le voyage, avant de vraiment savoir ce(ux) que nous rencontrerions sur place. L'Office Franco Allemand pour la Jeunesse a accepté de nous soutenir dans ce projet.

Nous vous invitons à explorer avec nous au fil des pages.. Bon regard!

samedi 26 mai 2012

Rencontre avec l'artiste français Damien Deroubaix

Damien Deroubaix nous a reçu dans son atelier, situé dans les mêmes locaux que l'Autocenter. Une rencontre très simple autour d'un café; nous n'avions pas prévu de le rencontrer ce jour là, nous étions intimidés.

Originaire de Lille, Damien Deroubaix vit et travaille à Berlin depuis 2004. Il nous raconte son parcours, depuis les Beaux Arts de Saint Etienne, où il s'est intéressé particulièrement aux différentes techniques de gravure. Puis les années à Paris, où le petit studio dans lequel il habite lui tient lieu d'atelier; il s'adapte, travaille essentiellement sur petits formats. Mais difficile d'être reconnu en tant qu'artiste quand on est peintre à Paris au début des années 2000. Les critiques font la moue. Quand on lui demande sur quel support il travaille, Damien se moque, répond qu'il "fait de l'aquarelle comme les petits vieux".

Et puis tous les "on dit" sur Berlin lui tombent dans l'oreille: " beaucoup de lieux, beaucoup d'artistes, des grands ateliers à bas prix... Berlin est le refuge des artistes et la capitale de la culture européenne." Il part là bas pour six mois, finalement il y reste. Pas forcément pour les raisons qu'on lui avait annoncé. Ce qu'il trouve à Berlin c'est d'abord une reconnaissance de son travail en tant que peintre. Car la peinture en Allemagne n'a pas été reléguée au rang des arts anciens, elle est toujours sur le devant de la scène. Beaucoup de grands artistes allemands sont peintres: Anselm Kiefer, Sigmar Polke, Gerard Richter, pour n'en citer que quelques uns. Et puis, Damien parle allemand, il a passé une année à Karlsruhe durant ses études aux Beaux Arts. C'est un atout par rapport à d'autres artistes, il s'intègre rapidement. Il déplore d'ailleurs ces nombreux artistes étrangers (français entre autres) qui arrivent à Berlin en conquérants, sans faire quelques efforts dans la langue et sont surpris qu'on ne leur ouvre pas grand les bras (et les portes).
Après quelques mois, on lui propose une résidence au Künstlerhaus Bethanien. Puis, il exposera successivement à la Martin Gropius Bau, à l'Autocenter ou encore au Freies Museum. Sans parler de sa carrière internationale.



Son travail évolue au contact de la ville. A Berlin, Damien peint de plus grands formats, il a la place de le faire dorénavant car il a accès à des ateliers plus grands. Et sans doute est il aussi influencé par les immenses formats des peintres allemands qu'il côtoie. Ses toiles se font plus aérées, moins frontales, il introduit également la perspective et davantage de matière qu'auparavant. Mais tout ceci n'est que détails, c'est un changement plus global et plus profond qui s'opère. Damien a toujours cherché (et trouvé) l'inspiration dans son quotidien, la rue, le métro, la radio...
A Paris, c'est souvent dans la publicité qu'il puisait son inspiration; Paris est une ville saturée d'images. Il nous montre certains de ses premiers travaux, dans lesquels ils intègrent des corps de femmes trouvés dans les réclams qui saturent sa boite aux lettres. Images violentes, on a retiré les bras et les jambes de ces modèles pour lingerie, ce ne sont plus que des femmes-bustes à usage unique. Ca l'interpelle, mais quand il les reprend tel quel, on lui reproche de produire des images gores. Une critique récurrente sur sa peinture, qui passe pour être sombre et trop trash. Pourtant, il ne fait que mettre en évidence une certaine noirceur qui existe déjà dans notre société . Comme il le dit très justement, "Les gens voient tous les jours, dans la rue, les médias, des horreurs qui les interpellent à peine, mais posez les sur une toile et voilà que ça les choque."  Il semble qu'en France, la peinture doive encore obéir à l'impératif "sois belle et tais toi!"


A Berlin, ce sont moins les images que l'espace architectural qui régit le pouvoir. Ce sont ces avenues larges et interminables, à l'exemple de la Karl Marx Allee, la plus longue artère du pays dans laquelle la RDA faisait défiler son armée chaque année. L'architecture de cette avenue, qui se prolonge jusqu'à la Frankfurter Tor est une véritable démonstration de la puissance et de la grandeur de l'état soviétique.
C'est donc dans cette ville à l'architecture chargée de significations historiques et politiques et au contact de l'art allemand, que le travail de Damien a considérablement évolué. On trouve toujours dans ses toiles des images fortes (chimères, figures mythologiques..) mais c'est tout l'espace de la toile qui délivre son message. Car Damien est un artiste engagé, mais un artiste avant tout. Selon lui, la politique est inhérente à l'art mais il est vain pour un artiste d'être littéral et de délivrer un message politique sans que la forme suive. Il nous donne l'exemple du grindcore, qu'il écoute constamment, une musique très brutale et aux textes radicalement engagés. Nous en profitons pour lui demander son opinion sur la 7ème biennale d'art contemporain de Berlin. Il est le premier d'une longue série à critiquer la démarche des curateurs qui ont privilégié le message politique en négligeant l'aspect artistique.

Cette rencontre avec Damien Deroubaix nous a fortement marqué. Nous étions face à un esprit acéré, un artiste reconnu qui conservait pourtant une certaine humilité. Et c'est de sa culture même qu'il la tirait: "Quand on est peintre, toute l'histoire de l'art vous regarde, Picasso, les hommes de Lascaux, Vélasquez...et il faut réussir à peindre juste, c'est là le challenge."









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