Le terme gentrification semble se promener sur toutes les lèvres. Beaucoup
pensent que la capitale allemande est victime de ce phénomène
géopolitique : la gentrification (mot anglais de gentry, « petite noblesse
») est un phénomène urbain d'embourgeoisement. Cela se passe souvent de la
manière suivante : les quartiers délaissés ou délabrés sont réinvestis par
les artistes et alternatifs, car attractifs pour eux ( de nombreux espaces
vides et à bas prix). Ils se réapproprient les friches, « retapent »
le quartier et y insufflent un nouveau dynamisme en créant différents pôles
d’activités (lieux de concerts, d’expositions ou simplement espaces de
réunions). Ils créent une nouvelle réputation au quartier qui devient
attractif ; et petit à petit, tout ce travail est absorbé par des investisseurs
intéressés par le potentiel touristique et immobilier. Les prix enflent et ceux qui ont permis
au quartier de revivre n’ont pas les moyens de rester ou se font tout
simplement déloger, d’autant plus s’ils squattent les lieux sans payer de
loyer. Le profil économique et social des habitants du quartier se transforme
au profit exclusif d'une couche sociale supérieure.
Nous étions bénévoles et tenions le bar lors de la soirée anniversaire de Radio Sterni une radio indépendante siégeant dans un Hausprojekt. Un Hausprojekt est littéralement un «projet maison», manière alternative et coopérative de se loger dans un espace «légal». Souvent la maison est partagée dans sa totalité, les habitants vivent dans la communauté plus que dans l’intimité, et travaillent à des projets culturels ou politiques, Radio Sterni en est un exemple.
Radio Sterni diffusait, en allemand et en français des émissions de « Politique expérimentale », c’est-à-dire très décalées, à l’instar de Lola qui faisait une chronique drôle et féministe autour du poil. Dans notre affût, nous trouvions un poste d’observation privilégié des milieux alternatifs (où il est en général interdit de prendre des photos) et avons fait plusieurs rencontres intéressantes.
C’est ainsi que l’un d’entre nous voyait se faire critiquer le projet que nous portions à bout de bras. Un doctorant en climatologie lui expliquait que : « ce type de projet était plutôt courant à Berlin, un phénomène de mode ». Souvent, selon lui, « ce phénomène contribue à faire de Berlin un état culturel sur le déclin. Vanter les mérites de la ville contribue à la rendre attractive et c’est justement son attractivité qui en fait une ville saturée d’artistes, d’écrivains en herbe et de bourgeois bohèmes ». Notre attitude était, selon lui, « un symptôme du phénomène de gentrification ». Il avait sans doute raisons, bien que nos intentions initiales soient nobles et que nous ne projetions pas de nous installer à Berlin.
Le processus semble irrévocable, tant le terme de gentrification est à la mode et dénoncé par tous, même ses propres acteurs.
http://generationberlin.mondoblog.org/2012/09/17/les-touristes-ne-rigolent-plus-a-berlin/
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